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1400 tonnes de médicaments dans les mangeoires

1400 tonnes de médicaments dans les mangeoires

Sans eux, l’élevage industriel serait impossible. Alors on traite. Massivement. Pour le plus grand profit de quelques-uns, mais au détriment de la santé publique. Car on risque ainsi de créer des germes résistants. Et quand ils s’attaquent à l’homme…




Le chauffeur était landais, le chargement espagnol, le camion en panne et les douaniers intrigués. Dans la remorque, d’un carton éventré s’échappait un lot d’antibiotiques. Non déclarés.

Sale affaire pour les destinataires : une centaine d’éleveurs de poulets du Morbihan, des Côtes-d’Armor, du Lot, des Landes et des Pyrénées-Atlantiques, qui avaient importé clandestinement d’Espagne, où ils sont vendus 5 fois moins cher, des antibiotiques à usage vétérinaire non autorisés en France. 35 tonnes de médicaments au total, destinés à d’infortunés poulets industriels, pour leur permettre d’aller sans trop de pépins au bout des 40 jours de leur chienne de vie.

La brigade nationale d’enquête vétérinaire transmet l’affaire au parquet de Lorient « Importation et administration illicites de médicaments vétérinaires. » Surprise, en mars 2003, le juge d’instruction rend un non-lieu. Confirmé en novembre dernier par la cour d’appel de Rennes. La libre circulation des marchandises et quelques lobbys agricoles locaux y trouveront leur compte. La santé publique, c’est moins sûr.


L’usage massif des antibiotiques dans l’agroalimentaire inquiète de plus en plus le corps médical. Déjà, en 2000, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) mettait en garde contre l’usage abusif des antimicrobiens dans l’agriculture . L’Agence française de Sécurité sanitaire des Aliments s’en préoccupe aussi.


Bien sûr, c’est toute la consommation d’antibiotiques qui pose problème, en commençant par celle, souvent excessive, des humains.

La France, plus gros consommateur mondial d’antibiotiques par tête d’habitant, est le pays où l’on constate le plus de résistances microbiennes. Mais elle est aussi le premier pays agroalimentaire d’Europe.

Un milliard de poulets, quelques dizaines de millions de canards, dindes, lapins, 30 millions de cochons, plusieurs millions de bovins naissent et meurent dans l’Hexagone. L’immense majorité de ces animaux prend des antibiotiques. La moitié de la production d’antibiotiques est utilisée dans l’agriculture. Selon les chiffres du Syndicat des Industriels du Médicament vétérinaire, les animaux d’élevage en ont absorbé 1 400 tonnes l’an dernier.

Les porcs sont les premiers consommateurs (60%), suivis des volailles et des lapins (20%), puis des ruminants (18%). Pratique sans doute la plus controversée, les antibiotiques sont utilisés comme facteur de croissance. Ils augmentent la productivité des aliments donnés aux animaux. Autrement dit, avec une dose d’antibiotique, une certaine quantité d’aliment donne plus de poulet, de dinde, de cochon, de veau ou de lapin.


L’utilisation de facteurs de croissance est d’ailleurs légale. Une liste, établie par Bruxelles, spécifie quelles substances sont autorisées, et à quelle dose. Dans deux ans, les antibiotiques en seront retirés. Cette mesure suffira-t-elle à faire baisser la consommation dans les élevages ? Pas certain. « Les quantités écartées d’un côté risquent d’être rajoutées de l’autre sous forme d’aliments médicamenteux », pronostique Georges Bories, chercheur à l’INRA et auteur d’un rapport sur le sujet.


Gardons-nous de diaboliser l’usage vétérinaire des antibiotiques. Ils ont contribué à améliorer l’état sanitaire du cheptel - et, par voie de conséquence, la santé humaine. Encore faut-il qu’ils soient utilisés à bon escient, et de façon contrôlée. La crise de l’ESB, l’affaire des hormones et d’autres ont montré que la défense de la santé publique avait du mal à prévaloir, face à la puissance des lobbys agroalimentaires.

Les antibiotiques, en maîtrisant les maladies, ont rendu possible la production industrielle hors sol. Jocelyne Porcher, chercheuse à l’Inra, l’explique très bien dans un livre remarquable, « La mort n’est pas notre métier » : ces élevages n’en sont plus vraiment. Ce sont des lieux où la production est calquée sur le mode industriel. Tout y est mis au service du rendement. Les antibiotiques comme le reste.


Sans antibiotiques, ces hangars surpeuplés d’où les animaux ne sortent que pour mourir se transformeraient rapidement en mouroirs. Car la concentration d’animaux augmente les risques de propagation des maladies, surtout virales, et leur gravité. « Elle modifie l’équilibre écologique de l’animal. On essaie de le rééquilibrer avec des traitements », explique un vétérinaire.

Quand quelques cochons toussent dans un hangar où ils vivent à 500, l’éleveur n’attend pas : il traite. Pour des raisons économiques. Le traitement peut même devenir une habitude en période de stress des animaux, comme le sevrage. On s’en doute, tout cela ne concourt pas à réduire la consommation de médicaments. Pourtant la loi est stricte. Les vétérinaires, comme les médecins, sont soumis à l’article R. 5194 du Code de Santé publique et ne peuvent prescrire qu’au chevet du malade. Mais l’élevage industriel est assez peu compatible avec cette obligation. Dans la volaille, où les patients sont 25 au mètre carré dans des hangars de plusieurs milliers, on fait un diagnostic sur trois poules et on traite l’ensemble.


On changera plus facilement la loi que le mode d’élevage. La définition de la prescription va d’ailleurs être assouplie à la demande de l’agriculture pour permettre les prescriptions « populationnelles ».

La Direction générale de la Santé souhaitait une définition précise. L’obtiendra-t-elle ?

« La législation est facilement applicable si les intervenants sont décidés à l’appliquer », constate, un brin désabusé, un vétérinaire de l’administration. Mais la volonté des pouvoirs publics est-elle à la hauteur ?


Dans les années 1980, la loi qui fait obligation aux vétérinaires de visiter les élevages pour prescrire n’était pas appliquée. Quand un directeur départemental des services vétérinaires dressait procès-verbal, la justice ne poursuivait pas, et l’ordre des vétérinaires ne sanctionnait pas.

Les choses ont-elles évolué depuis ? « Il ne doit être prescrit qu’un médicament directement en rapport avec l’état constaté. Toute dérive, vente directe ou délivrance sans prescription ne nous paraît pas acceptable », affirme Christian Rondeau, président de l’ordre. Cela n’empêche pas certaines pratiques de perdurer.


Le 27 avril 1998, des employés de l’abattoir de Montauban-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine) constatent que 35 veaux provenant d’un élevage du Morbihan ont la colonne vertébrale jaune. L’analyse révélera la présence d’antibiotiques à des doses suffisantes pour rendre la viande impropre à la consommation humaine.

L’éleveur explique que ses veaux, malades, ont suivi un traitement à base d’antibiotiques pendant la quasi-totalité de leur séjour chez lui. Le traitement avait été prescrit par son frère, collaborateur d’un vétérinaire du Morbihan, Dominique Duchemin.

Ce dernier se présente comme un spécialiste de l’élevage intensif des veaux de boucherie. Il a d’ailleurs mis au point un kit de démarrage (sic) qu’il envoie à l’éleveur quand ce dernier reçoit une nouvelle cohorte d’animaux à engraisser.


L’enquête de la Brigade nationale d’Enquête vétérinaire a établi qu’en 1999 le docteur Duchemin et ses complices avaient écoulé 70 tonnes de médicaments. De quoi traiter 100 000 veaux !

Il officiait sur 36 départements, de la Dordogne jusqu’aux Vosges. Sans jamais rendre visite aux éleveurs ni approcher les animaux auxquels étaient administrées ses ordonnances. Et le bon vétérinaire avait la main lourde : une prescription de tétracycline écrite de sa main représentait, pour un traitement de 5 jours, des doses suffisantes pour 18. Chez le veau, la fièvre de cheval est très résistante.


Le 5 mai 2002, le tribunal correctionnel de Vannes condamnait le docteur Duchemin à 30 mois d’emprisonnement avec sursis, 5 ans d’interdiction professionnelle et 30 000 euros d’amende. Avec l’aide de 4 courtiers, condamnés eux aussi, il avait administré pour 1 million d’euros de médicaments.

Depuis 20 ans, aucune nouvelle classe d’antibiotique n’a été mise sur le marché. Ne faudrait-il pas consacrer les seules armes dont dispose la médecine à lutter contre les infections microbiennes plutôt qu’à faire baisser le prix de revient du poulet ou du cochon de batterie ?


La ferme des antibiotiques par Jean-Jacques Chiquelin ( EcoEtSanté2010 )
(Le Nouvel Observateur, Semaine du jeudi 15 janvier 2004 - n°2045 - Notre époque)

 

 

  • Viande : Après les hormones, les antibiotiques?

Les antibiotiques possèdent la propriété étonnante d'accélérer la croissance, et sont ainsi utilisés massivement dans l'élevage. Si 24 kg de l'antibiotique vancomycine ont été prescrits au Danemark en médecine humaine en 1994, ce sont 24 000 kg de son homologue pour l'animal, l'avoparcine, qui furent utilisés dans la même année.Suite sur:

>http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=17300

 

  • Les antibiotiques : c'est automatique !

D'après l'Agence Nationale du Médicament Vétérinaire, en 2006, 127,34 tonnes d'antibiotiques ont été utilisés dans les élevages de lapins, soit 10,09 % de la totalité des antibiotiques utilisés dans les élevages en France. (1)
Cette consommation est confirmée de nouveau en 2009, Lapins élevés pour la viande : record de consommation d'antibiotiques !

 

>http://www.l214.com/lapins/elevage-antibiotique

 

  • L’élevage antibiotique

lundi 15 août 2005.par Philippe Ladame
 

Les volailles sont mises en cause dans le développement de la résistance aux antibiotiques.

BBC News du 15/08/05 cite une étude effectuée pour son magazine " Real Study " mettant en évidence une contamination "significative" des poulets vendus en Grande-Bretagne par des bactéries résistantes aux antibiotiques .

L’étude a été menée par les experts de l’Agence pour la Protection de la Santé. Elle a concerné 147 poulets en vente dans des supermarchés britanniques, 64 provenant d’élevages anglais, les 83 autres ayant été importés.

- Sur les 147 poulets, un tiers étaient ainsi porteurs de germes E. coli résistants au Triméthoprim, un antibiotique utilisé dans le traitement des infections de la vessie.
- 12 poulets étaient, quant à eux, porteurs de Campylobacter, une bactérie qui provoque de sérieuses diarrhées.
- et une demi-douzaine étaient infectés par l’entérocoque résistant à la Vancomycine (VRE) [1].

Selon un expert interrogé pour l’émission une telle situation explique probablement l’augmentation du nombre d’infections de vessie qui ne répondent plus au traitement standard.

Bien que la bactérie soit détruite par une cuisson convenable, la Campylobacter est la cause la plus répandue d’intoxication alimentaire en Grande-Bretagne. Le Docteur Caroline Willis, qui a dirigé l’étude, a précisé : « En terme de résistance antibiotique, environ 25% des Camylobacters se sont révélés résistants à l’un ou l’autre des antibiotiques couramment utilisés pour le traitement ».Suite sur:

>http://citron-vert.info/spip.php?article315


 EN ELEVAGE PORCIN. A Justification de l'usage des antibiotiques en élevage. Les antibiotiques représentent aujourd'hui la première classe thérapeutique dans ...wwwbibli.vet-nantes.fr/theses/2003/pacot3_143/p1.pdf

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Antibiotiques dans l'élevage animal : l'Agence de sécurité sanitaire américaine tire la sonnette d'alarme

L'utilisation abusive d'antibiotiques dans l'élevage animal risque d'avoir des conséquences désastreuses liées à la résistance croissante des bactéries. La Food And Drug ( FDA) américaine s'est donc enfin saisie du problème et lance un code des bonnes pratiques sur l'utilisation des antibiotiques dans la production animale actuellement soumis à la communauté scientifique.

Très largement utilisés depuis plus de 50 ans, les antibiotiques ont permis des progrès considérables en termes de santé humaine et animale. Mais aujourd'hui on assiste à une baisse de l'efficacité de cette classe thérapeutique, les bactéries devenant de plus en plus résistantes aux traitements.

 



Ce ne sont pas les antibiotiques eux-mêmes qui posent problème, mais leur mauvaise prescription, et les dosages inadaptés. En France, par exemple, le reportage " Pièces à convictions " présenté récemment par Elise Lucet sur FR3 a clairement montré la complaisance de vétérinaires peu scrupuleux qui laissaient leur secrétariat renouveler des ordonnances sans même que les animaux soient examinés.

  • Un sérieux problème de santé publique


Le développement de ces résistances est tel qu'il pose " un sérieux problème de santé publique " estime la FDA. Et ce qui est très inquiétant c'est qu'aujourd'hui les chercheurs ont perdu la course contre la montre menée par de plus en plus de bactéries qui vont plus vite à s'adapter que les chercheurs à trouver des médicaments pour les détruire.

Il faut donc revenir d'urgence à une prescription judicieuse, raisonnée, et avec des dosages réellement adaptés à chaque situation pour éviter une véritable catastrophe sanitaire annoncée. Et ceci est vrai en santé animale, mais bien sûr, aussi, en santé humaine ou les mêmes erreurs sont commises.

Les Etats Unis, par exemple, évaluent à plus de 100 000 le nombre de patients américains qui meurent chaque année suite à des infections bactériennes résistantes à tous les antibiotiques connus...

 

  • Un guide de recommandations


La FDA vient donc de préparer un guide de bonnes pratiques pour recadrer la prescription des antibiotiques, " The Judicious Use of Medically Important Antimicrobial Drugs in Food-Producing Animals ".

Ce guide de recommandations repose sur des rapports scientifiques clés sur l'utilisation appropriée des antibiotiques dans la production animale et les stratégies à mener pour s'assurer que les antibiotiques soient judicieusement utilisés.

L'objectif est de limiter la prescription des antibiotiques aux cas ou ils sont vraiment nécessaires pour assurer la santé animale ce qui implique une consultation systématique avant la prescription et une surveillance.

Le bon sens quoi...

 

José Vieira

 



19/11/2010
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