décroissance

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"Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons, et portons de la vache"

 

 

 

Une petite vidéo avec l'auteur de "Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons, et portons de la vache" sur ce système qui permet que certains animaux soient considérés comme des compagnons bien-aimés et que d’autres soient maltraités et abattus pour l’alimentation, l’habillement ou pour d’autres utilisations...

 


Un Diner Familial Traditionnel - A Traditional... par anoukW

 

Aimer ou manger ?

Introduction au carnisme – Chapitre 1

Melanie Joy


Nous ne voyons pas les choses telles qu’elles sont ;
nous les voyons tels que nous sommes.

Anaïs Nin

 

Imaginez un instant la scène suivante. Vous êtes invité à un dîner raffiné. Vous êtes assis avec d’autres invités à une table décorée avec goût. La pièce est chaude, la flamme des bougies danse à travers les verres à vin de cristal, et la conversation va bon train. De la cuisine émanent les délicieux fumets de riches nourritures. Vous n’avez pas mangé de la journée et votre estomac crie famine.
Enfin, après ce qui vous semble être des heures, l’amie qui vous reçoit émerge de la cuisine, avec une marmite fumante d’un savoureux ragoût. Les arômes de viande, d’épices et de légumes emplissent la pièce. Vous vous servez une généreuse portion, et après avoir avalé plusieurs bouchées de viande tendre, vous vous enquerrez de la recette auprès de votre amie.
« Je vais me faire un plaisir de te la donner » répond-elle. « D’abord, tu prends deux kilos de viande de golden retriever, que tu fais bien mariner, puis… » Golden retriever ? Vous vous figez probablement au milieu d’une bouchée en considérant ses mots : cette viande dans votre bouche c’est du chien.
Et maintenant ? Continuez-vous à manger ? Ou êtes-vous révolté à l’idée qu’il y a du golden retriever dans votre assiette et que vous venez d’en manger ? Ecartez-vous la viande et mangez-vous les légumes qui l’accompagnent ? Si vous êtes comme la plupart des Américains, après avoir entendu que vous mangiez du chien, vos sentiments passent automatiquement du plaisir à un certain degré de révulsion1. Peut-être vous sentez-vous également dégoûté par les légumes qui garnissent le plat, comme s’ils avaient été contaminés de quelque manière par la viande.
Mais supposons que votre amie éclate de rire et dise que c’était une farce. Finalement, ce n’est pas de la viande de golden retriever, mais du bœuf. Que vous inspire cette nourriture maintenant ? Retrouvez-vous votre appétit ? Recommencez-vous à manger avec le même enthousiasme qu’au début du repas ? Il se peut qu’alors même que vous savez que le ragoût dans votre assiette est exactement le même que celui que vous savouriez il y a un moment, vous éprouviez un sentiment résiduel de malaise, qui pourrait même vous affecter à nouveau la prochaine fois que vous vous attablez devant un ragoût de bœuf.
Que se passe-t-il donc ? Pourquoi certains aliments provoquent-ils de telles réactions émotionnelles ? Comment se fait-il qu’un aliment, nommé d’une certaine façon, soit jugé délicieux, et que le même aliment devienne virtuellement immangeable quand on l’appelle autrement ? En réalité, l’ingrédient principal du ragoût – la viande – n’a pas changé du tout. C’était dès début de la chair animale, et ça l’est resté. Simplement c’est devenu – ou du moins l’a-t-il semblé un instant – la chair d’une animal différent. Pourquoi avons-nous des réactions si radicalement distinctes envers la viande de bœuf et de chien ?
La réponse à ces questions se résume à un seul mot : perception. Nous réagissons différemment à différents types de viandes, non parce qu’il existe une différence physique entre elles, mais parce que nous les percevons différemment.

Manger des chiens : ce qui pose problème

Un tel changement de perception peut ressembler à ce que l’on éprouve en changeant de voie sur une route : le fait de traverser la ligne blanche altère radicalement notre ressenti. La raison pour laquelle nous pouvons avoir une réponse émotionnelle si forte à un changement de perception est que nos perceptions déterminent, en grande partie, notre réalité ; notre façon de percevoir une situation – la signification que lui donnons – détermine la manière dont nous la ressentons. Nos sentiments et pensées déterminent souvent à leur tour notre façon d’agir. La plupart des Américains perçoivent très différemment la viande de chien et de bœuf ; par conséquent, la viande de chien suscite des réponses mentales, émotionnelles et comportementales très différentes2.
Une des raisons pour lesquelles nos perceptions des viandes de bœuf et de chien diffèrent tant est que nous voyons très différemment les vaches3 et les chiens. Le contact le plus fréquent – et souvent le seul – que nous ayons avec les vaches a lieu lorsque nous les mangeons ou portons leur peau. Mais pour beaucoup d’Américains, les relations avec les chiens ne sont pas si différentes des relations avec les gens. Nous appelons les chiens par leur nom. Nous leur disons au revoir quand nous quittons la maison et les saluons à notre retour. Nous partageons notre lit avec eux. Nous jouons avec eux. Nous leur achetons des cadeaux. Nous avons leur photo dans notre portefeuille. Nous les conduisons chez le docteur quand ils sont malades et pouvons dépenser des milliers de dollars pour les soigner. Quand ils meurent, nous les enterrons. Ils nous font rire ; ils nous font pleurer. Ils sont nos auxiliaires, nos amis, notre famille. Nous les aimons. Nous aimons les chiens et mangeons les vaches, non parce que les chiens et les vaches sont foncièrement différents – les vaches, comme les chiens, ont des sentiments, des préférences, ils sont doués de conscience – mais parce que la perception que nous avons d’eux est différente. Et par conséquent, notre perception de leur viande l’est aussi.
Nous seulement nos perceptions de la viande varient selon l’espèce d’animal dont elle provient, mais des humains différents peuvent percevoir différemment la même viande. Par exemple, un Hindou peut réagir à la viande de bœuf comme un chrétien américain le ferait à la viande de chien. Ces variations dans notre perception sont dues à notre schéma. Un schéma est un cadre psychologique qui modèle – et est modelé par – nos croyances, idées, perceptions et expériences, et qui organise et interprète automatiquement l’information que nous recevons. Par exemple, quand vous entendez le mot « infirmière », vous visualisez probablement une femme qui porte un uniforme médical et qui travaille dans un hôpital. Même si certaines infirmières sont des infirmiers, ou travaillent hors des hôpitaux, à moins que vous soyez en contact avec des infirmières dans une variété de contextes, votre schéma va maintenir cette image générale. Les généralisations viennent de ce que les schémas font ce qu’ils sont supposés faire : ils trient et interprètent la masse de stimuli auxquels nous sommes constamment exposés, puis les distribuent en catégories générales. Les schémas opèrent comme des systèmes de classification mentale.
Nous avons des schémas pour tous les sujets, y compris les animaux. Un animal peut être classé, par exemple, en proie, prédateur, vermine, compagnon, ou nourriture. Notre façon de classer les animaux détermine à son tour nos relations avec eux : si nous les chassons, les fuyons, les exterminons, les aimons ou les mangeons. Des intersections peuvent exister entre les catégories (un animal peut être proie et nourriture), mais quand on en vient à la question de la viande, la plupart des animaux sont ou ne sont pas de la nourriture. En d’autres termes, nous avons un schéma qui classe les animaux en comestibles et non comestibles4.
Un phénomène intéressant se produit quand nous sommes confrontés à la viande d’un animal que nous avons classé en « non comestible » ; nous nous représentons automatiquement l’animal vivant dont elle vient, et nous tendons à être dégoûté à l’idée de le manger. Le processus perceptif suit la séquence suivante :

Viande de golden retriever (stimulus) → animal non comestible (croyance/perception) → image de chien vivant (pensée) → dégoût (sentiment) → refus ou répugnance à manger (action)

Revenons au dîner imaginaire où l’on vous dit que vous venez de manger du golden retriever. Si cela était réellement arrivé, vous auriez senti les mêmes odeurs et les mêmes saveurs que quelques instants auparavant. Mais maintenant, votre esprit aurait probablement formé l’image d’un golden retriever, peut-être bondissant à travers un jardin à la poursuite d’une balle, ou allongé près du feu, ou encore courant aux côté d’un joggeur. Et avec ces images viendraient probablement des émotions telle que l’empathie ou le souci du chien qui a été tué, d’où le dégoût à la pensée de manger cet animal.
Par contre, si vous êtes comme la plupart des gens, quand vous vous attablez pour manger du bœuf, vous ne visualisez pas l’animal dont provient la viande. Au lieu de cela, vous voyez simplement de la « nourriture » et votre attention se concentre sur le goût, l’odeur et la texture. Confrontés à du bœuf, nous sautons généralement la partie du processus perceptif qui établit la connexion entre la viande et l’animal vivant. Certes, nous savons tous que la viande de bœuf provient d’un animal. Mais quand nous en mangeons, nous évitons d’y penser. Des milliers de personnes (au sens littéral) avec qui je me suis entretenue dans ma vie professionnelle ou privée, ont admis que si elles pensaient à une vache vivante en mangeant du bœuf, elle se sentiraient mal à l’aise et parfois même incapables de manger. C’est pourquoi beaucoup de gens évitent de manger de la viande qui ressemble à l’animal dont elle provient ; on sert rarement de la viande avec la tête ou d’autres parties du corps intactes. Par exemple, une étude intéressante effectuée par des chercheurs danois a montré que des gens étaient mal à l’aise de manger de la viande qui ressemble à sa source animale et qu’ils préféraient la viande hachée à la viande en morceaux entiers5. Même quand nous faisons consciemment le lien entre la viande de bœuf [beef] et les vaches, nous sommes moins perturbés par le fait de manger du bœuf que nous le serions en mangeant du golden retriever, car dans la culture américaine ordinaire, les chiens ne sont pas censés être mangés.
Il apparaît que nos sentiment à propos d’un animal et notre façon de le traiter dépendent beaucoup moins du genre d’animal qu’il est que de la perception que nous en avons. Nous pensons qu’il est approprié de manger des vaches mais pas des chiens, nous percevons donc les vaches comme comestibles et les chiens comme non comestibles. Et ce processus est cyclique ; non seulement nos croyances mènent finalement à nos actions, mais nos actions renforcent aussi nos croyances. Plus nous mangeons de vaches et évitons de manger des chiens, plus nous renforçons la croyance que les chiens ne sont pas comestibles tandis que les vaches le sont.

 

Le goût acquis

S’il est possible que les humains aient une tendance innée à aimer les saveurs sucrées (le sucre ayant été une source utile de calories) et à éviter les saveurs amères et acides (de telles saveurs indiquent souvent la présence d’une substance toxique), la plupart de nos goûts sont en fait acquis. Autrement dit, dans le large répertoire du palais humain, nous aimons les aliments dont nous avons appris que nous étions supposés les aimer. La nourriture, en particulier celle d’origine animale, est hautement symbolique, et c’est ce symbolisme, couplé à la tradition et renforcé par elle, qui est largement responsable de nos préférences alimentaires. Par exemple, peu de gens se régalent en mangeant du caviar avant d’être en âge de comprendre qu’aimer le caviar signifie qu’on est une personne raffinée ; en Chine, les gens mangent des pénis d’animaux parce qu’ils croient que ces organes affectent leurs performances sexuelles.
Bien que le goût soit en grande partie culturellement acquis, les gens dans le monde entier tendent à croire leurs préférences rationnelles et à considérer tout écart comme répugnant et choquant. Par exemple, beaucoup de gens sont dégoûtés à l’idée de boire du lait, qui a été tiré des pis des vaches. D’autres ne comprennent pas qu’on puisse manger du lard, du jambon, du bœuf ou du poulet. D’autres considèrent la consommation d’œufs proche de la consommation de fœtus (ce qu’elle est effectivement d’un point de vue technique). Et imaginez ce que vous éprouveriez à l’idée de manger des tarentules bien frites (avec les poils, les crocs et tout) comme on le fait au Cambodge ; ou des embryons de canards (des œufs fécondés contenant des oiseaux partiellement formés avec des plumes, des os, et des ailes naissantes) comme on le fait dans certaines contrées asiatiques. Pour ce qui est des aliments d’origine animale, il se pourrait que tous les goûts soient des goûts acquis6.

 

Le chaînon manquant

Notre façon de réagir à l’idée de manger des chiens et autres animaux non comestibles est un phénomène bizarre. Plus étrange encore cependant est notre façon de ne pas réagir à l’idée de manger des vaches et autres animaux comestibles. Il y a un blanc inexplicable, un chaînon manquant dans notre processus perceptif, s’agissant des espèces comestibles ; nous ne faisons pas le lien entre la viande et sa source animale. Il existe des dizaines de milliers d’espèces d’animaux. Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi l’idée de les manger vous écoeure probablement, sauf pour une toute petite poignée d’entre elles ? Le plus frappant dans notre sélection des animaux comestibles et non comestibles n’est pas la présence du dégoût, mais son absence. Pourquoi ne répugnons-nous pas à manger la très petite sélection d’animaux que nous avons jugés comestibles7 ? Les données disponibles suggèrent très fortement que notre absence de dégoût est largement, voire entièrement, acquise. Nos schémas ont évolué à partir d’un système de croyances très structuré. Ce système dicte quels sont les animaux comestibles, et il nous rend capables de les consommer en nous protégeant de tout inconfort émotionnel ou psychologique quand nous le faisons. Le système nous enseigne comment ne pas éprouver de sentiments. Le dégoût est le sentiment dont la perte est la plus évidente, mais derrière le dégoût se cache une émotion plus profondément constitutive de ce que nous sommes : l’empathie.

De l’apathie à l’empathie

Mais pourquoi le système doit-il en arriver à de telles extrémités pour bloquer notre empathie ? Pourquoi tant d’acrobaties psychologiques ? La réponse est simple : parce que nous nous soucions des animaux et ne voulons pas qu’ils souffrent. Et parce que nous les mangeons. Il y a discordance entre nos valeurs et nos comportements, et cette discordance nous cause un certain degré d’inconfort moral. Pour alléger cet inconfort, nous avons trois possibilités : changer nos valeurs pour qu’elles correspondent à nos comportements, changer nos comportements pour les mettre en harmonie avec nos valeurs, ou changer notre perception de nos comportements de façon à ce qu’ils semblent cohérents avec nos valeurs. Notre schéma de la viande est construit selon cette troisième option. Tant que nous ne valoriserons pas la souffrance animale inutile et que nous continuerons à manger des animaux, notre schéma déformera nos perceptions des animaux et de la viande, afin que nous puissions nous sentir suffisamment à l’aise pour les consommer. Et le système qui construit notre schéma de la viande nous fournit les moyens d’y parvenir.
Le premier outil du système est l’engourdissement psychique. Il s’agit d’un processus psychologique par lequel nous nous déconnectons, mentalement et émotionnellement, de notre vécu ; nous nous « anesthésions » nous-mêmes. L’engourdissement psychique n’est pas un mal ; c’est une partie normale, inévitable, de la vie quotidienne, qui nous permet de fonctionner dans un monde violent et imprévisible et de composer avec la douleur quand nous sommes victimes de la violence. Par exemple, vous auriez du mal à conduire si vous étiez totalement conscient que vous roulez à toute vitesse dans un petit véhicule métallique entouré de milliers d’autres petits véhicules véloces. Et si vous aviez la malchance d’avoir un accident, vous seriez probablement sous le choc et demeureriez dans cet état jusqu’à ce que vous soyez capable de supporter la réalité de ce qui est arrivé. L’engourdissement psychique est adaptatif, ou bénéfique, tant qu’il nous aide à « faire avec » la violence [to cope with violence], mais il devient inadaptatif ou destructeur quand il favorise la violence, même si cette violence est aussi éloignée de nous que les usines dans lesquelles on transforme les animaux en viande.
L’engourdissement psychique est fait d’un ensemble de défenses et autres mécanismes – des mécanismes omniprésents, puissants et invisibles, qui opèrent à la fois au niveau psychologique et social. Ces mécanismes déforment nos perceptions et nous distancient de nos sentiments, convertissant notre empathie en apathie. (Ce processus par lequel nous apprenons à ne pas éprouver de sentiments constitue le thème central de ce livre.) Les mécanismes d’engourdissement psychique incluent le déni, l’évitement, la routinisation, la justification, la réification, la désindividualisation, la dichotomisation, la rationalisation et la dissociation. Dans les prochains chapitres, nous examinerons chacun des aspects de l’engourdissement psychique et déconstruirons le système qui transforme les animaux en viande, et la viande en nourriture. Cela nous conduira à examiner les caractéristiques de ce système et la façon dont il obtient notre soutien permanent.

 

L’engourdissement psychique à travers les âges et les cultures
Variations sur un thème

On me demande souvent si les peuples de différentes époques et cultures ont eux aussi utilisé l’engourdissement psychique pour tuer et consommer des animaux. Par exemple, les tribus de chasseurs ont-elles besoin d’y recourir quand elles s’emparent de leurs proies ? Avant la révolution industrielle, quand beaucoup d’Américains produisaient eux-mêmes la viande qu’ils consommaient, avaient-ils besoin de se distancier émotionnellement des animaux ?
Il est impossible de soutenir que partout et dans toutes les cultures, l’engourdissement psychique a été semblable à celui des gens qui vivent dans les sociétés industrielles modernes et qui n’ont pas besoin de viande pour survivre. Le contexte détermine en grande partie la façon dont une personne réagit à la consommation de viande. Nos valeurs, largement modelées par des structures sociales et culturelles plus vastes, déterminent le niveau d’effort nécessaire pour nous distancier de la réalité quand on consomme un animal. Dans les sociétés où la viande a été nécessaire à la survie, les gens n’ont pas eu le luxe de réfléchir à l’éthique de leur choix ; leurs valeurs doivent soutenir la consommation d’animaux, et ils sont probablement moins tourmentés à l’idée de manger de la viande. La manière de tuer les animaux affecte aussi nos réactions psychologiques. La cruauté est souvent plus dérangeante que la mise à mort.
Même lorsque la consommation de viande a été une nécessité, et que les animaux ont été tués sans la violence gratuite qui marque les abattoirs modernes, les gens ont toujours évité de manger certains types d’animaux et ont constamment déployé des efforts pour accepter la mise à mort et la consommation des animaux qu’ils mangeaient. Les exemples abondent de rites, rituels et systèmes de croyances qui soulagent la conscience du consommateur : il arrive que le boucher et/ou le mangeur de viande doivent se livrer à une cérémonie de purification après avoir pris une vie ; ou que l’on considère que l’animal a été « sacrifié » pour la consommation humaine, une perspective qui confère à l’acte une signification spirituelle et implique une forme de choix de la part de la proie. De plus, 600 ans avant Jésus-Christ, des personnes choisissaient déjà d’éviter la consommation de viande pour des raisons éthiques, ce qui prouve l’ancienneté de la tension psychologique et morale qui entoure le fait d’en manger. Il est possible que l’engourdissement psychique ait joué un rôle – bien que sous des formes et à des degrés différents – à travers les cultures tout au long de l’histoire.

 

La première défense du système est son invisibilité ; l’invisibilité reflète les mécanismes de défense que sont l’évitement et le déni, et constitue le socle sur lequel reposent tous les autres mécanismes. L’invisibilité nous permet par exemple de consommer du bœuf sans visualiser l’animal que nous mangeons ; elle nous masque nos propres pensées. Elle nous maintient bien à l’abri du déplaisant processus d’élevage et de mise à mort des animaux pour notre consommation. Par conséquent, la première étape de déconstruction de la viande consiste à déconstruire l’invisibilité du système, en dévoilant les principes et pratiques qui sont demeurés cachés depuis son origine.

 

 

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Envie d'en savoir plus sur Pourquoi nous aimons les chiens, mangeons des cochons et portons de la vache ?
Lisez l'article « Melanie Joy – Carnisme” » paru dans le numéro 33 des Cahiers antispécistes.

 

Article mis en ligne le 23 juillet 2010


Notes :

1.Bien que certains individus puissent être intrigués plutôt que dégoûtés à l’idée de manger des chiens, aux États-Unis ces personnes sont une minorité et ce livre décrit ce qu’éprouvent en général les Américains.

2.Dans les cultures du monde entier, il est courant de rejeter la viande de certaines espèces d’animaux. Et les tabous concernant la consommation de viande sont bien plus répandus que ceux touchant d’autres aliments. De plus, la violation des tabous relatifs à la viande cause les réactions émotionnelles les plus fortes – en général le dégoût – et les sanctions les plus sévères. Regardez les interdits alimentaires des principales religions du monde ; que la restriction soit temporaire (comme lorsque les chrétiens évitent la viande pendant le carême) ou permanente (comme chez certains bouddhistes dont le mode de vie est continûment végétarien), la viande est presque toujours l’objet du tabou.

3.Bien que la viande de bœuf [beef] vienne à la fois des vaches et des bœufs [steers], pour des raisons de simplicité et de style, j’utiliserai « vaches » tout au long de ce chapitre pour désigner l’ensemble des bovins.

4.Les schémas peuvent être structurés hiérarchiquement, avec des sous-schémas inclus dans des schémas plus complexes ou généraux. Ces sous-schémas peuvent eux-mêmes être divisés en d’autres sous-schémas. Par exemple, les animaux « comestibles » peuvent être composés de « gibier » et d’animaux « domestiques » ou « de ferme ».

5.Lotte Holm and M. Mohl, « The role of Meat in Everyday Food Culture : An Analysis of an Interview Study in Copenhagen », Appetite 34, 2000, p. 277-283.

6.Nick Fiddes, Meat : A Natural Symbol, Rutledge, New York, 1991 ; Peter Farb et George Amelagos, Consuming Passions : The Anthropology of Meat Eating, Houghton Mifflin, Boston, 1980 ; Frederick J. Simoons, Eat Not This Flesh : Food Avoidance in the Old World, University of Wisconsin Press, Madison, 1961 ; « Food Taboos : It’s All a Matter of Taste », National Geographic News, ; Daniel M. T. Fessler et Carlos David Navarrette, « Meat is Good to Taboo : Dietary Prescriptions as a Product of the Interaction of Psychological Mechanisms and Social Processes », Journal of Cognition and Culture, 3.1, 2003, p. 1-40, (consulté le 26 mars 2009).

7.Farb et Amelagos, op. cit. ; Simoons, op. cit. ; Daniel Kelly, « The role of Psychology in the Study of Culture », Purdue University, (consulté le 26 mars 2009).

 

Source :http://antispeciste.org/



17/04/2011
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