décroissance

décroissance

Jean Pain : l’homme qui tire de l’énergie des broussailles !

Jean PAIN, expérimentateur et curieux.

C'est en 1964 que Jean PAIN et son épouse Ida s'installent au "Domaine des Templiers" à Villecroze dans le Var dans le sud de la France.
Ils ont en charge le gardiennage de ce domaine de 240 hectares.
En contre partie ils peuvent utiliser leur environnement pour produire leur nourriture.
Ils se donnent pour objectif de vivre au plus près de la nature qui les entoure.
Ils commencent diverses cultures et élevent un petit troupeau de chèvres qui leur apportera le nécessaire à une vie acceptable en ces lieux.
Jean PAIN homme curieux par excellence se lancera dans toutes sortes d'expériences, toutes aussi extraordinaires les unes que les autres.
Il "cultivera" du chiendent, il "élèvera des courtilières", etc. ....
Toutes ces expériences ne sont pas réalisées par hasard, mais pour satisfaire sa soif de connaissance.
Il commencera par diriger son troupeau de chèvres d'une manière particulière.
Il décidera, par exemple de ne plus faire "porter" ces chèvres, ou bien de ne plus les garder, ..... mais ça c'est une autre histoire !
Donc Ida et Jean PAIN cultivent leur jardin et "élevent des chèvres". Comme Jean PAIN souhaite que ses chèvres soient en excellente santé, il apporte un soin tout particulier à leur litière et consomme beaucoup de paille.
Cette litière est bien entendu transformée en compost et ce compost utilisé pour fertiliser leurs cultures.
Seulement la paille représente un coût trop important pour son maigre budget.

Une idée lumineuse.

Jean PAIN décide un jour d'utiliser les petites broussailles environnantes qui ne coûtent que l'effort pour les ramasser, et remplace petit à petit la paille.
Lorsqu'il utilise cette nouvelle litière compostée sur ses cultures, il remarque une nette amélioration de celles-ci.
Lors de ses réflexions, assis seul sur un rocher au milieu de cette forêt méditerranéenne, il se demande comment cette forêt se développe sur des sols aussi pauvres.
Et si c'était les brindilles, les feuilles, les aiguilles, toutes ces matières issues de cette broussaille qui étaient à l'origine de la fertilité forestière ?
Et si c'était l'apport de ces broussailles dans la litière de ses chèvres qui générait un plus à ses cultures.
Il décide à ce moment de réaliser un compost constitué exclusivement de petites broussailles récoltées en sous-bois.
Malheureusement les méthodes de compostage qui lui ont été enseignées par de nombreuses lectures spécialisées ne permettent pas de réaliser un compostage acceptable.
C'est après de nombreuses expériences et tâtonnement que finalement il réussit pour la première fois à réaliser un compost constitué exclusivement de broussailles et d'eau.
Il ne sait pas encore qu'il vient d'inventer un compost extraordinaire aux capacités fantastiques.

Des résultats à valider.

Nous sommes en 1969 lorsque Jean PAIN applique sur son jardin, pour la première fois, du "Compost de Broussailles" qu'il vient de fabriquer.
Les résultats sont spectaculaires et étonnent les quelques personnes venant le visiter pour acheter ses fromages de chèvres qui sont quant à eux de véritables chef-d'œuvre gastronomiques.
Parmi ces visiteurs figure Henri STHELE, directeur de recherche à la station de l'Institut National de Recherche Agronomique d'Antibes.
Depuis quelques années Henri STHELE passe beaucoup de temps, lors de ses visites, à discuter d'agronomie avec Jean PAIN. C'est lui qui apportera à Jean PAIN toute la littérature officielle à ce sujet. Cela permettra à Jean PAIN d'accéder à la connaissance de tout Ingénieur Agronomique.
Henri STHELE est bien entendu très étonné des résultats que Jean PAIN a obtenu avec cette première application de "Compost de Broussailles".
Mais, en scientifique confirmé, il fait gentiment remarquer que la qualité du sol sur lequel Jean PAIN avait installé son jardin n'était peut-être pas étrangère aux résultats stupéfiants obtenus ;
de plus, ces résultats exceptionnels pouvaient-ils être reproduits ailleurs ?
Là, l'amour-propre de Jean PAIN est quelque peu froissé.

Un jardin sur un rocher brûlant.

Il décide alors de rechercher sur le domaine un endroit où seul l'effet de son compost sera mis en évidence.
Et c'est en 1970 que Jean PAIN décide d'installer un jardin expérimental sur un endroit élevé du domaine où rien ne pousse, brûlé de soleil en été et où l'eau n'est pas présente naturellement.
Nous sommes au sommet d'une colline. 200 à 300 m² sont nus de toute végétation. Le sol est un sable dolomitique qui sera déclaré par l'analyse totalement impropre à toute culture. Pas d'eau disponible.
L'emplacement sera juste dégagé des gros cailloux pouvant gêner les cultures et une petite quantité de compost bien mûr sera mélangé avec les premiers centimètres du sols.
7 centimètres de "Compost de Broussailles" jeune seront étalés et recouverts de 10 cm d'herbes sèches.
Comme nous sommes au milieu du maquis, il est nécessaire d'entourer le jardin d'une barrière solide pour que les futures récoltes ne soient pas consommées par la faune sauvage et les chèvres de Jean PAIN qui paissent en totale liberté.
Dès la première année, les résultats sont ceux espérés.
Les légumes se développent avec harmonie et la production est au rendez-vous.
Une production digne d'un jardin de fond de vallon richement entretenu !!
Et pourtant ici pas d'arrosage, pas de désherbage, pas de traitement d'aucune sorte, pas de travaux des sols, juste du "Compost de broussailles", des semis, des plantations et ......des récoltes.
Jean PAIN est satisfait de son expérience et tout cela aurait pu en rester là, car Jean PAIN n'est pas homme à devoir gravir tous les jours la colline pour récolter les légumes qu'il souhaite consommer.

La notoriété.

Seulement voilà qu'un jour un journaliste du Petit Provençal le croise sur le sentier qui descend aux vieux bâtiments érigés par les Templiers au XII ème siècle avec pour espoir d'obtenir de Jean PAIN l'autorisation de faire un article sur ses célèbres prédécesseurs.
Jean PAIN lui signifie qu'il n'est pas opposé mais pour l'instant, en ce milieu de journée chaude de l'été 1970, il a des "relevés" à faire dans la colline.
Le journaliste n'ayant d'autres activités immédiates accompagne Jean PAIN.
Après quelques minutes de sentier pentu les deux hommes débouchent sur ce sommet de colline où rayonne le jardin de Jean PAIN et où les légumes débordent de la barrière.
Le journaliste, qui est aussi un jardinier chevronné, est complètement ébahi de cette vision et comprend bien vite que ce jardin recèle quelques secrets.
Dès les premières explications de Jean PAIN son reportage initial est oublié et ce sera un article sur le jardin extraordinaire de Jean PAIN qu'il publiera quelques jours plus tard.
Cet article aura l'effet d'une bombe et sera le point de départ d'une formidable aventure.
Jean PAIN qui pensait avoir trouvé sérénité et quiétude dans son nouvel emploi va devenir l'un des hommes les plus médiatisés de la région dans les années 70.
Quelques jours après cet article c'est le rédacteur en chef de l'agence NICE MATIN de Draguignan qui vient faire un article conséquent sur le jardin de Jean PAIN et sur son expérience.
Les "METHODES JEAN PAIN" sont nées.
A partir de ce moment c'est un défilé de visiteurs qui vont se succéder sur le domaine pour voir ce jardin extraordinaire.
Jean PAIN sera même obligé d'instaurer un jour unique de visite par mois.
Il entretiendra ce jardin de 1970 à 1980.

 

ENERGIE TIREE DES BROUSSAILLES

 

Expert international en matière d'énergie, M. Robert Giry, auteur de Le Nucléaire inutile? (Éditions Entente), a écrit: «A notre époque de crise où nous risquons de nous trouver un jour brutalement privés d'énergie, la voie tracée par Jean Pain pour la production d'engrais, de carburant et d'électricité est une solution pleine d'avenir.»
Un «gâteau» magique. Carrure de lutteur et sérénité d'ermite, le maître des lieux m'accueille sur le seuil, avec sa femme Ida. Aussitôt il m'entraîne à une cinquantaine de mètres de là pour me montrer l'objet qui provoque tant de curiosité, cette «centrale» qu'il a conçue et qui fournit à sa famille l'énergie dont elle a besoin. Ce que j'aperçois, c'est un énorme «gâteau cylindrique» de 3 mètres de haut sur 6 de diamètre, pesant 50 tonnes, fait de menus débris de broussailles: bruyère, genévrier, fougère, genêt, thym, pin, etc.

Ce cocktail végétal, m'explique Jean Pain, est un compost constitué uniquement de matières ligneuses (branches vertes en feuilles ou en bourgeons) et de broussailles broyées, comparable aux tas de matières organiques en décomposition (feuilles et résidus alimentaires) que beaucoup de gens entretiennent dans leur jardin. Enterrée au milieu du compost, il y a une cuve d'acier hermétique de 4 mètres cubes aux trois quarts pleine de ces mêmes débris de deux mois d'âge, macérant dans l'eau. Chauffé lui-même par la fermentation du compost qui l'entoure, ce réservoir produit du méthane qui sera stocké à proximité dans des chambres à air de camion raccordées à la cuve par un tuyau.
«Une fois lavé par un passage sur des cailloux humides, puis compressé, précise l'inventeur, ce gaz sert à cuire notre nourriture et à fabriquer notre électricité ; il fournit aussi le carburant de nos véhicules.» Il faut quatre-vingt-dix jours à l'installation pour produire les 500 mètres cubes de gaz qui alimentent les deux cuisinières et le réchaud trois feux d'Ida. Derrière la maison, dans une pièce spéciale, Jean Pain me montre un moteur à explosion, fonctionnant au méthane, qui fait tourner une génératrice produisant 100 kilowatts par heure. La famille n'a pas besoin d'autre chose pour éclairer sa maison. Quand Ida démarre au volant de sa camionnette Citroën, je remarque sur le toit deux bonbonnes de gaz en forme d'obus, contenant 5 mètres cubes de gaz et permettant une autonomie de 100 kilomètres. «Dix kilos de broussaille, me dit son mari, fournissent en gaz l'équivalent d'un litre de super: il a suffi de modifier légèrement le carburateur.» !


Jean me montre un tube de plastique de 40 millimètres de diamètre qui sort d'un puits, traverse le ‹‹gâteau» de débris et aboutit à un robinet dans la maison. Il m'explique qu'au centre de l'installation la fermentation du compost fait monter la température, de sorte que l'eau froide arrivant du puits, après avoir parcouru 200 mètres dans le tuyau enroulé en serpentin autour de la cuve d'acier, ressort à 60 degrés. Je vérifie qu'en entrant l'eau est froide et qu'elle est brûlante à la sortie. Cette eau chaude, circulant dans des radiateurs, sert à chauffer la maison.
Un amas de compost, de la taille de celui que je vois peut débiter cette eau chaude pendant près de dix-huit mois au rythme de 4 litres à la minute, assez pour alimenter le chauffage central, la salle de bains et la cuisine. Puis l'installation sera démontée, le tuyau sera récupéré pour servir à une nouvelle opération qui sera mise en place immédiatement pour assurer la continuité, et le compost sera rendu à la terre.

Quinze ans d'efforts. Car cet amas de broussaille réduite en charpie a encore un autre usage. Une fois la fermentation terminée, ce gâteau magique cesse de produire de l'énergie, mais il fournit alors 50 tonnes d'engrais naturel et équilibré. En épandant une épaisse couche de cet humus sur le terrain caillouteux qui entoure sa maison, Jean Pain a créé un somptueux potager où poussent jusqu'à des légumes tropicaux. J'admire des plants de tomates de 2,50 m de haut, une pastèque de 6 kilos; il y a même des christophines, sorte de courges sucrées qu'on ne trouve ordinairement qu'aux Antilles et en Afrique noire. Ce qui me surprend le plus, c'est que tous ces produits géants sont obtenus sans arrosage : c'est dans le compost, m'indique Jean Pain, que s'effectue la synthèse de l'eau dont ils ont besoin.
L'ingénieuse centrale d'énergie qu'il a mise au point et construite de ses propres mains lui a coûté quinze ans d'efforts inlassables. En ramassant des broussailles, il n'avait pas manqué de remarquer que, partout où l'on en trouvait, la végétation semblait plus vigoureuse; rien d'étonnant à cela : en se décomposant, les branches, les feuilles et les buissons forment de l'humus. Il se dit que, pour imiter la nature, on pouvait prélever la broussaille en excès dans les foréts, et peut-être aussi domestiquer l'énergie produite par la fermentation qui transforme ces broussailles en humus. Comme le dit André Birre, auteur de L'humus, richesse et santé de la Terre (édition La maison rustique) : «On s'hypnotise sur l’or noir du pétrole, aux gisements limités, sans voir que tout le monde peut faire fructifier sans épuisement, en l'accroissant même continûment, cet autre or, celui de l'humus››
Dépourvu de tout diplôme mais doué d'une vive intelligence ainsi que d'exceptionnelles facultés d'adaptation et d'observation, Jean Pain, dès 1965, dévore des dizaines d'ouvrages scientifiques tout en réalisant ses premières expériences. Il commence par mettre à fermenter la broussaille telle qu'il l'a coupée dans le sous-bois, mais il s'aperçoit très vite que pour les branches ayant un diamètre plus important il faut hacher les débris le plus finement possible. Comme il n'existe pas de machine adaptée à ce travail, il en imagine une et la construit dans son garage, en utilisant des matériaux de récupération.

Forêt providence. L'impact de cette découverte est immense. Pour Jean Pain, la forêt peut devenir la providence de l'homme du 21° siècle. L'enjeu est évidemment de taille pour la France. Alors qu'elle importe chaque année 126 millions de tonnes de pétrole, ce qui déséquilibre gravement sa balance commerciale, la forêt française représente un appoint énergétique dont le biologiste Robert du Pontavice chiffre le potentiel à 20 millions de tonnes d'équivalent pétrole (T.E.P.). Et il ne s'agit pas de ressources théoriques inexploitables; Jean Pain n'élude pas la question de la rentabilité. Il a fait et refait ses calculs, et les chiffres sont là : 1000 hectares de forêt peuvent fournir chaque année 6 000 tonnes d'engrais, 960 000 mètres cubes de biogaz et des millions de litres d'eau chaude. Or pour exploiter la forêt on ne dépense que 12%, de l'énergie que l'on recueille. Et le cycle se reproduit indéfiniment, puisque la broussaille se renouvelle tous les sept ans. L'idée est doublement intéressante : d'un côté la forêt nettoyée et à l'abri du danger du feu, de l'autre un réservoir inépuisable d'engrais et d’énergie thermique.

En France comme à l'étranger, nombreux déjà sont ceux qui mettent en œuvre les techniques développées par l'inventeur. Huit municipalités, dont Draguignan (Var), Nice (Alpes-Maritimes), Lutter bach (Haut-Rhin), Caen (Calvados), Commensacq (Landes), ont choisi d'adopter sa méthode de recyclage de la végétation pour produire de la chaleur et de l'eau chaude destinées à des bâtiments publics, des immeubles, des serres ou des installations sportives. «A Saintpuits, dans l'Yonne, village de 500 habitants, nous chauffons plusieurs bâtiments d'habitation dans le but de démontrer la valeur du procédé», m'affirme Étienne Bonvallet, maître d'œuvre de cette opération pilote.
La municipalité de Chambéry (Savoie) utilise la méthode de Jean Pain depuis janvier 1980. Une meule de compost de 200 mètres cubes, formée de branches broyées provenant de l'élagage des platanes et des tilleuls de la ville, fournit 23 400 calories à l'heure et assure le chauffage d'une serre de 200 mètres carrés. Au terme de deux ans, il sera possible de récupérer 80 mètres cubes de terreau destiné aux jardins municipaux.
Au coeur des Landes de Gasgogne, à Pontenx-les-Forges, une expérience intéressante est réalisée depuis le début de 1980 par l'Association intercommunale du Born, qui regroupe 14 communes. Une équipe d'écologistes volontaires est en train de rassembler 20 mètres cubes de branchages, de broussailles et d'écorces provenant de l'élagage des pins. Déchiquetés par un broyeur Jean Pain, ces débris vont constituer deux meules complétées à 50%, par des ordures ménagères pulvérisées. Après fermentation, le produit qu'on en tire sera vendu comme engrais aux horticulteurs, aux agriculteurs et aux propriétaires de jardins de la région.
Comme le dit M. Henri Stehlé, agronome et botaniste de réputation mondiale, lauréat de l'lnstitut de France : ‹‹Au bout du chemin tracé par Jean Pain, il y a l'entreprise agricole de demain, autonome, produisant elle-même de quoi fertiliser ses sols et faire fonctionner ses équipements.››

 

 

 

SOURCES:

http://bonne-eau-bonne-terre.over-blog.com/article-17340761.html

http://www.jean-pain.com/jeanpain.php



23/02/2013
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 696 autres membres