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Gilles Clément

Né en 1943 à Argenton dans la Creuse, ingénieur horticole, botaniste,entémologue, paysagiste, écrivain, jardinier, enseignant à l’Ecole Nationale Supérieure du Paysage à Versailles (ENSP), Gilles Clément est à l'origine de plusieurs concepts novateurs qui ont marqué les acteurs du paysage de la fin du XXe siècle ou le début de ce XXIe siècle, dont notamment :

  • le « jardin planétaire »
  • le « tiers-paysage »
  • le « jardin en mouvement ».

Ces concepts découlent de l'observation qu'un paysage naturel n’est jamais figé.

Au lieu de cantonner les plantes dans un lieu précis afin d'organiser une création, Gilles Clément est partisan de laisser le "champ libre"à la nature , les plantes suite au hasard des chutes de graines et selon les préférences pédologiques et phytosociologiques s'implantant dans les lieux leur convenant le mieux.
Ainsi voit-on les « plantations » des jardins devenus jardins naturels se « redessiner » au fil des saisons et des années, comme dans le tiers-paysage, ces délaissés où la flore et la faune s'organisent selon des lois qui ne sont ni celles du jardinier, ni celles de l'agriculteur, du sylviculteur ou du paysagiste traditionnel.
Le jardin de G. Clément présente un aspect qui au même endroit changera imprévisiblement demain, à la prochaine floraison et saison.

Gilles Clément est aussi favorable au métissage des espèces, qu'il appelle plutôt « brassage », et qui s'est tissé au fil des âges. D'où cette idée de jardins et de forêts planétaires qu'il cultive en protecteur, considérant avec une même bienveillance les « herbes folles » qui tentent de pousser sur les pavés des villeset les essences les plus rares plantées dans les jardins de prestige.

Il intègre la globalisation du monde actuel par la « planétarisation » de la terre comme jardin, c'est-à-dire comme lieu de vie : « Je voudrais montrer la diversité extrême de ce qui existe sur la planète ».

 


Portrait de Gilles Clément par mbizet

 

 

 Gilles Clément : créateur de parcs et jardins

 

 

Son parcours...

► 1943 : naissance à Argenton-sur-Creuse (36).
► 1967 : diplômé de l’École nationale supérieure d’horticulture de Versailles (78) et de l’École du paysage à Paris.
► 1977 : crée son agence de concepteur paysagiste.
► 1985 : réalisation du parc André-Citroën, à Paris.
► 2006 : création du jardin du musée du quai Branly, à Paris.

 



Concepteur de parcs et  jardins, d'espaces publics ou privés, c'est en 1972 qu'il crée ses premières réalisations .  A partir de 1977, il expérimente sur son propre terrain :"le jardin en mouvement" . Il élabore de nombreux jardins dont :


  1. le parc André Citroën à Paris (en collaboration avec Allain Provost et Patrick Berger),
  2. le jardin du domaine de Rayol,
  3. le parc Matisse à Lille (en collaboration avec Éric Berlin et Sylvain Flipo),
  4. le parc oriental de Maulévrier,
  5. jardin de l'abbaye de Valloire à Argoules,
  6. jardins du château de Blois,
  7. Jardin de L'Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud à Lyon,
  8. Jardin du Lycée agricole Jules Rieffel en Loire Atlantique,
  9. Jardins de l'Arche à la Défense,
  10. le jardin du Musée du Quai Branly avec Jean Nouvel.

 



 Travaux théoriques et axes de recherche



Gilles Clément a fortement influencé la profession des architectes paysagistes en apportant un regard nouveau sur la nature et sa dynamique: sa vision globale prenant en compte l’ensemble de notre planète a entraîné une nouvelle façon de penser la conception des espaces, induisant de nouvelles pratiques.

Le Jardin en Mouvement

« Le Jardin en Mouvement s’inspire de la friche : espace de vie laissé au libre développement des espèces qui s’y installent ». Le jardin, l’espace, le paysage, n’est pas immuable, les plantes les graines se déplacent et transforme les lieux où elles s’implantent. Le choix s’offre alors au jardinier : laisser faire la nature ou intervenir. « Cet état d’esprit conduit le jardinier à observer plus et jardiner moins. A mieux connaître les espèces et leurs comportements pour mieux exploiter leurs capacités naturelles sans dépense excessive d’énergie contraire et de temps. »


 


  Le jardin Planétaire
 

Le Jardin Planétaire est un concept qui prend en compte la diversité des êtres qui existent sur notre planète et le rôle de l’homme en tant que gestionnaire de cette diversité.C'est une manière de considérer l’écologie en intégrant l’homme.


 

 

Le Tiers-Paysage

Le Tiers-Paysage désigne tous les espaces laissés à l'abandon par l’homme , où seule la nature est à l’œuvre: les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, les bords de route, les rives, les talus de voies ferrées… Auquel il faut ajouter les lieux inaccessibles : sommets de montagne, déserts et les réserves institutionnelles telles que les parcs nationaux, régionaux etc.


 Gilles Clément , jardinier engagé

 

Estimant que  l'élection de Nicolas Sarkozy  à la présidence ne permettrait pas le nécessaire sursaut écologique de la politique française, Gilles Clément décide alors d'annuler tous ses contrats avec l'État français et de se consacrer à des « projets de résistance »  .

 

  • Un premier projet, inauguré en juin 2007, commande artistique pour la biennale d'art contemporain de Melle (Deux-Sèvres), se compose d'un jardin d'eau et d'un jardin d'orties avec un bassin où l'on peut réaliser le purin d'ortie, utilisé en jardinage biologique pour renforcer l'immunité des végétaux, éviter les traitements et les pesticides de synthèse.
  • Un second projet, a été un jardin dans la nécropole de Tuvixedddu à Cagliari en Sardaigne, à une demande de renato Soru, président de la région.

Il est aussi engagé en politique. Pour les élections régionales françaises de 2010 en Limousin, il est en 9e position (non éligible) sur la liste départementale en Creuse, d'Europe Ecologie  .

 

 

Bibliographie...

 


Le jardin en Mouvement, 1994, édition augmentée en 2001 Traité succinct de l’art involontaire, 1997 Les Portes, 1998 Eloges des vagabondes, Herbes, arbres et fleurs à la conquête du monde 2002


Extrait du livre  :
Illusion de l'ordre Illusion du désordre

"L'homme n'a jamais pu se passer de grilles. Devant le désordre apparent du monde, il lui fallut chercher les termes signifiants, ceux qui, associés entre eux, rendaient son action sur le milieu plia efficace, lui permettaient de survivre. Devant l'abondance infinie des objets et des êtres, il a recherché entre eux des relations, et devant l'infinie mobilité des choses, il a cherché des invariances. "
Henri Laborit
La Nouvelle grille.

Sans doute l'histoire des jardins est-elle particulièrement marquée par la notion d'ordre. C'est au jardin -au jardin   seulement - que la nature est donnée à lire suivant un ordre particulier. Ailleurs, dans le paysage agricole, la nature est contredite de façon radicale. Et si le paysage n'est pas agricole on dit qu'il est sauvage, ce qui exclut la notion d'ordre.

L'ordre du jardin  est visuel. Il est saisissable par la forme. Le vocabulaire qui s'y rattache est très précis : bordures, haies, parterres, allées, marquises, etc., il vise à désolidariser les éléments qui, dans la nature, se chevauchent confusément. Ainsi, l'ordre est-il en même temps une apparence, un contour des formes, une surface ou une architecture. Tout ce qui s'en éloigne est désordre. D'où les techniques de maintien de cet ordre : taille, tonte, élagage, désherbage, tuteurage, palissage, etc. Tout se passe comme si, jusqu'à présent, l'ordre avait été perçu seulement par l'ex­térieur des phénomènes - leur aspect - et comme si celui-ci ne devait jamais changer.

Cependant, même pour aborder la forme, on connaît d'autres mots. À propos de groupe­ments forestiers, on parle de "manteau arbustif", lorsque la lisière est épaisse, et d'"ourlet" pour évoquer le buissonnement qui l'accompagne. Ce vocabulaire nomme un tissu continu qui se déroule de la canopée à la pelouse. Il est fait d'essences multiples imbriquées. Et lorsque cette pelouse, ou cette prairie, est animée de buissons épineux, on dit qu'elle est "armée" ou bien qu'elle est gagnée par des "fourrés de colonisation".
S'agit-il encore d'un jardin  ?

http://livre.fnac.com/a1794789/Gilles-Clement-Le-jardin-en-mouvement

 


Le jardin Planétaire
"L'expression sonne comme la nostalgie de l'Eden, ce paradis perdu que l'Occident a tant représenté tout en quittant peu à peu l'idée qu'il ait pu exister, encore moins qu'il puisse revenir un jour. Pourtant par un détour inattendu, ce rêve s'impose aujourd'hui quand la Terre nous apparaît si petite et si fragile, car la peur d'une apocalypse de pollutions nous rend l'espoir d'une utopie, réaliste cette fois, l'utopie d'un monde protégeant sa beauté, sa santé, son avenir. Un monde où la relation de l'homme et de la nature serait le souci constant des sociétés de la planète entière, à travers l'infinité des occasions offertes par les traditions culturelles, les nécessités de la technique et les visions d'artistes.
Un jardin planétaire, donc, mais discontinu, passant du modeste enclos travaillé par la main au grand territoire modelé par le fer des ingénieurs. Tout se tient désormais, pour des raisons à la fois esthétiques et économiques. Tout est partageable depuis que l'on parcourt l'univers et les images de l'univers. Reste à inscrire ce partage dans la réalité par l'échange des connaissances et par la prise de conscience du sol du monde comme un bien commun. Du jardin des Lumières au jardin virtuel en passant par la flore latino-américaine, l'esthétique méditerranéenne, le paysage comme voyage, les témoins de ce livre - paysagistes, historiens géographes, écrivains, philosophes, urbanistes - nous font imaginer une approche des paysages de la planète avec l'attitude du jardinier dans son lopin devenu immense". Ed. Broché. http://www.amazon.fr/jardin-planetaire-Gilles-Clement/dp/2226111522

 

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 Interview...

Comment avez-vous débuté ?

C’est un prof de sciences naturelles en classe de seconde qui m’a parlé pour la première fois de ce métier. L’idée d’explorer le monde végétal qui me semblait chargé de mystère m’a attiré. Après des études scientifiques pour devenir ingénieur agronome, j’ai commencé par faire des balcons. J’ai fini par des châteaux. Puis j’ai enseigné et j’ai monté mon agence de paysagiste en répondant à des commandes publiques et privées.

Quelle est votre définition du paysagiste ?

C’est un jardinier qui intervient sur l’espace et le vivant avec un savoir scientifique. Et qui, à la différence de l’architecte, a pour allié le temps qui réinvente le paysage. Un jardin ne tombe jamais en ruine, il se transforme et se complexifie. Comme la nature invente sans cesse, le paysagiste partage sa signature avec le temps.

Comment vous vient une idée de jardin ?

En entrant dans un lieu, j’ai des perceptions de lumières, d’intensité des sons, de profondeur de l’espace… Mais ces indications très utiles ne suffisent pas à construire. Il faut une idée. J’évite alors de tomber dans un piège formaliste, qui consiste à s’inspirer de formes préexistantes pour les décliner par imitation et par facilité. J’évite également le travers esthétisant qui consiste à faire du joli sans raison. Je pense qu’il faut s’appuyer sur le sens, en sachant que la construction formelle est influencée par cette recherche de sens.

C’est-à-dire ?

Pour le jardin du musée du quai Branly, je me suis interrogé sur le sens d’un musée parlant d’arts sacrés et de civilisations animistes qui voient une âme à toute chose. Je me suis orienté vers un paysage non occidental, en évacuant le gazon et les perspectives. J’ai imaginé un espace dominé par des herbes sur des ondulations avec des chemins comme des lignes de désirs, en utilisant des symboles comme la tortue, qui donne sa forme aux bancs, clairières et abris. Dans le sol, des pavés de verre laissent voir des animaux, des coquillages, des plantes, qui sont comme des choses sacrées, protégées, qui entrent dans des rites.

Concrètement, comment travaillez-vous dans votre agence ?

Je m’occupe de la conception. À partir d’esquisses et de notes détaillées, mes collaborateurs tracent des plans sur informatique, font des études plus approfondies et montent des dossiers techniques. Nous savons où nous voulons aller et discutons ensuite des détails, par exemple sur la manière d’apporter de l’eau : par une rivière, un bassin, un brouillard…

Comment choisissez-vous les plantes ?

D’abord, je m’adapte au terrain et aux conditions climatiques. Je choisis des plantes qui ne vivront pas sous assistance. J’évite par exemple des espèces trop fragiles qui auraient besoin d’être traitées avec des produits toxiques. Ensuite, j’ai une démarche plasticienne qui impose de choisir les plantes en fonction de l’espace, des perspectives recherchées, de la présence ou de la transparence souhaitée selon le feuillage et les saisons.

Où trouvez-vous les différentes espèces ?

Quand je ne peux pas me fournir sur catalogue, je commande aux pépiniéristes qui mettent en culture les plantes recherchées pendant un ou deux ans. Je choisis souvent des espèces que l’on ne trouve pas en Europe, comme les Black Boys australiens ou certains Puyas chiliens très étonnants. Je profite aussi de mes voyages. Par exemple, pour le parc Vulcania, en Auvergne, je suis allé chercher de grandes fougères arborescentes de Nouvelle-Zélande, qui ont pour particularité de vivre sur un sol très pauvre en se nourrissant de l’humidité de l’air. Je suis toujours à la recherche de nouvelles plantes, sachant que si elles ne peuvent pas pousser là où je les installe, je n’insiste pas.

Faites-vous des expérimentations ?

Chaque réalisation est l’occasion d’expérimentations. Il est rare de ne pas avoir une ou deux plantes, une ou deux méthodes à essayer. J’ai par exemple réalisé un jardin dans le Var, le domaine du Rayol, uniquement basé sur le thème du feu. Les plantes ont besoin du feu pour survivre dans le temps, sinon elles ne peuvent pas germer. Le feu libère les graines de certains fruits, il faut un choc thermique, voire un choc chimique par la fumée. Tout cela est troublant. Encore faut-il le savoir. Donc, on peut concevoir un jardin à partir de cette question.

Est-ce un métier manuel ?

Oui, car on fait un métier différent de celui des architectes, au sens où l’on intervient sur la matière. Cela nécessite d’être sur le terrain et de toucher.

Quels conseils donneriez-vous pour débuter dans ce métier ?

Je conseillerais de vérifier que l’on est capable de s’étonner devant la nature, d’avoir envie de comprendre la mécanique d’un monde vivant qui n’arrête pas d’inventer. Si l’on n’a pas de discours sur cette nature diverse et imprévisible, on aura le discours des autres, celui des architectes, des artistes, des politiques…

 

 Propos recueillis par Emmanuel Vaillant

 

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En savoir plus ...


Site de Gilles Clément : http://www.gillesclement.com

 

Sources :


http://www.lespaysagistes.com/jardin/actualite/gilles-clement.php

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilles_Cl%C3%A9ment

http://www.letudiant.fr/metiers/metiers---portraits-de-pros/gilles-clement-paysagiste.html



28/03/2011
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